Histoire

Par ANDRE NOVE

Les origines de Fontaine Etoupefour remontent à environ 1000 ans. Sur la période antérieure, nous ne disposons que d’indices. Des outils préhistoriques ont été trouvés sur le point le plus élevé de notre territoire, à proximité de la cote 112 . Ils datent de l’homme de Néandertal, c’est à dire il y a plus de 200 000 ans. Une villa gallo-romaine qui a été l’objet de fouilles à proximité de l’actuel château a été occupée du Ier au Vème siècle de notre ère. Datant de la même époque, le chemin « Haussé »à la limite occidentale de la commune constitue la  seule trace visible de ce lointain passé.

 

Vers le XI-XIIème siècle, Fontaine Etoupefour dont le nom apparaît alors dans les textes s’affirme avec l’édification d’un ouvrage fortifié sur le site du château. Sa défense est renforcée grâce à des douves alimentées par des eaux captées. Plus au nord, sur la même ligne de source, s’établit le village avec son église dédiée à Saint Martin. Les abbayes du Plessis Grimoult, de Fontenay et de Cordillon semblent avoir participé à sa construction.

 

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Au XIIIème siècle, un seigneur, Jean de Falaise, possède en fief les terres de « Bananville »qui s’étendent, semble-t-il, autour du château et sur Eterville. Un parchemin précise les charges des paysans qui y vivent en 1285. Il est étonnant de retrouver ainsi des noms comme « Hervieu », « Gournay », « Escogues »… qui figurent encore dans le Fontaine d’aujourd’hui. On relève également les mentions d’un moulin et d’un four banal. Ce dernier se situait, selon le cadastre de 1826, à l’intersection des rues du Moulin et …. du Four!

 

Vers 1530, Nicolas Le Valois d’Escoville, riche personnage qui, à Caen, fit édifier face à l’église  Saint Pierre  un bel hôtel qui porte encore son nom, acquiert la seigneurie  de Fontaine.  Il s’y retirait pour se livrer, semble-t-il, à des expériences d’alchimie en utilisant pour cela un four bien « étoupé » , c’est à dire hermétiquement clos. Son fils, Louis, entreprit de compléter le  pavillon d’entrée qui, de nos jours, sert de logis à l’actuel propriétaire, descendant de Le Valois d’Escoville, le Comte Jégou du Laz. Il  fit construire à partir de 1583, une vaste demeure appuyée au sud contre une tourelle d’angle toujours visible. A cette époque, Fontaine connut, comme partout dans le royaume, des affrontements d’origine religieuse. L’accession au trône du protestant Henri de Navarre, devenu roi catholique sous le nom de Henri IV,  ramena le calme .

 

La situation s’améliore et l’église s’enrichit en 1621 d’un superbe tableau qui représente une crucifixion entourée de Saint Martin et de Saint Sébastien. Au cours du règne de Louis XIV, la seigneurie est transmise par mariage à la famille le Vicomte de Blangy. Un dessin daté de 1669 représente près d’un siècle après sa construction cette demeure de style Renaissance, protégée par d’imposantes douves, son pont-levis et des tourelles d’angle percées de meurtrières. Au delà, les dépendances en partie disparues devaient comprendre des chapelles (d’où le nom du lieu dit « les Capelles ») un colombier et même plus tard, raffinement du siècle des lumières, une glacière !

 

Entre temps, la situation se dégrade. Un représentant de la paroisse signale en effet, fin 1788, que « les habitants de cette paroisse sont pauvres et il en est peu parmi eux qui soient capables de faire valoir plus d’une acre de terre. Ce sont pour la plupart des maçons, couvreurs, charpentiers et gens de journée dont le travail des mains ne suffit pas toujours aux besoins de leurs familles nombreuses. Et pour comble de malheur, une longue maladie épidémique […]les a presque tous réduits dans la plus affreuse misère. Nonobstant les secours que le marquis de Blangy leur a fait donner et les soins qu’a pris d’eux le vigilant pasteur qui gouverne cette paroisse, plusieurs d’entre eux y ont péri, laissant femmes et enfants pour ainsi dire sans aucune ressource et ceux qui se sont échappés des bras de la mort, ne seront d’ici à longtemps en état de pouvoir travailler ».

Le marquis Maximillien de Blangy cité dans ce témoignage est le dernier Grand Bailli du Cotentin. Son fils, Pierre Henri , marié en 1784 à une dame de compagnie de la sœur du roi Louis XVI, est décédé dans son hôtel de la rue l’Engannerie à Caen, avant d’être inhumé à Fontaine le 26 août 1789.

 

Le pillage au cours du printemps précédent de la ferme du château indiquait déjà de profondes tensions. Le régime révolutionnaire s’efforce d’offrir des solutions. En 1794, la municipalité procède de façon apparemment démocratique et consensuelle à la redistribution des terres communes au profit de 132 familles, c’est à dire de la quasi totalité de la population. Ces terres de la Bruyère, situées aux confins des bois de Baron, servaient jusqu’alors de pâturage commun pour le bétail de chaque famille. Désormais, le geste républicain  multiplie le nombre de propriétaires. Les lots  prenaient le nom de vertus citoyennes, tel celui d’«Égalité » qui est resté encore en usage.. Cependant les clivages sociaux demeurent.

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Au milieu du XIXème siècle, la commune compte 660 habitants, nombre encore jamais atteint. Mais déjà l’activité économique a bien du mal à faire vivre les dentellières, les paveurs et autres carriers. Des métiers disparaissent. Pour 209 dentellières recensées en 1851, on en comptait plus que 13 en 1896 ! La diffusion des machines agricoles, le chemin de fer et l’attraction des usines et des villes provoquent, à Fontaine comme ailleurs, un exode rural massif. Signe de déclin, au château, le corps principal d’habitation partiellement démoli par un incendie est déserté. Il devient une ruine au charme romantique.

 

Avec la première guerre mondiale, la situation va encore s’aggraver : de moins en moins d’enfants sur les bancs de l’école et un sentiment grandissant d’insécurité qui s’accroît pour tous. La population tombe à 286 habitants. Cependant, une quinzaine d’exploitations agricoles maintiennent l’activité économique. Juin-juillet 1944, nouveaux drames. Fontaine et son château sont placés au cœur de l’opération « Jupiter »et des combats pour le contrôle de la cote 112. La commune est sinistrée à plus de 75 %.

 

De 1946 à 1960, on assiste à la reconstruction. Les vieux murs criblés d’éclats sont consolidés. L »église est rénovée, Les grosses fermes des « Capelles » et des « Daims » sont reconstruites à neuf. Un groupe scolaire sort de terre. Le château est à nouveau habité et partiellement réhabilité. C’est le prélude d’une mutation sans précédent pour la commune.

 

Sous l’impulsion de Jules Quesnel, maire à partir de 1953, Fontaine change de visage. Les lotissements pavillonnaires se succèdent. Pour satisfaire les besoins collectifs, le syndicat intercommunal  « du Grand Odon » est créé. La population communale dépasse le millier d’habitants en 1980. La majorité d’entre eux n’est pas née à Fontaine. Pour mieux les intégrer, une école maternelle est construite; les associations culturelles et sportives se multiplient.  Progressivement la vie collective se déplace au sud de la route de Baron où se créent de nouveaux lieux de commerce de proximité. Magasins d’alimentation, cabinet médical et pharmacie, services divers sont là pour créer du lien entre les Stoupefontainois.

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Le cadre de vie se modifie. Fin 2001, Fontaine rejoint la nouvelle communauté de 19 communes qui réalise près du stade Jules Quesnel un gymnase propre à  susciter coopération et solidarité. Cela appelle l’émergence d’un sentiment inédit  de multi- appartenance d’autant plus nécessaire que depuis janvier 2017, 5 nouvelles communes ont rejoint  par fusion la Communauté Evrecy- Orne -Odon pour former un ensemble de 25000 habitants.

 

Cependant, Fontaine ne renie pas son identité, le plus souvent illustrée par le logo représentant la silhouette de son Château. Le dynamisme local s’affirme avec la poursuite des opérations immobilières, l’aménagement  des voiries et des équipements modernes: nouvelle mairie, médiathèque et en 2017 restructuration de l’espace commercial pour valoriser ce nouveau centre de vie et le rendre plus sécurisé et plus convivial. Il s’agit de s’adapter aux besoins d’une population qui vient de dépasser allègrement le seuil des 2000 habitants.  Alors qu’il ne reste plus qu’un siège d’exploitation agricole sur la commune, sur le plan administratif, notre village, Fontaine, est devenu une ville…à la campagne.

 

André Nové